6.1.1.2

1.

ce qu’il nous revient c’est faire parler les morts
(d’autres après nous viendront travailler
ils marcheront d’un même pas les animaux
les suivront étranges au bout d’une corde)

les murs de nos cités sont tombées
des flèches les transpercèrent
restent les routes les chemins tressés autour
d’un butin ou d’un morceau de viande
(dans le feu la graisse est pour les dieux
qui patientent) et l’avenir que je lirai
dans la chevelure des femmes brunes
à la peau noircie par
je les ai vues
dans les songes et dans les pages
rongées par les flammes d’or
(le livre est un miroir pour les femmes
les naissances symétriques s’y reflètent
l’histoire tournera donc une bibliothèque
chaque fois autour du corps
qui danse
à l’église où les spectres dépensent
les heures d’histoire neuf cent années de peine
tu entends au passage un désert et les voies
de la mer aussi s’effacent elles sont belles)

approche approche garçon
écoute la chanson le vent te portera

2.

tremblement oui la Terre a tremblé
lorsqu’elle se calme l’enfant
sur le rivage de la mer éloignée
de Jadran crie dans la gorge sauvage
les temps viennent amis sont venus
hommes et femmes se prosternent
de l’eau déposée sur un front les dieux
marchent eux aussi dans ses pas
disent les hommes groupés cercle
dans l’espèce entre la vie et le mouroir
présent
d’un corps une dernière fois

le sol des cités il les fondera dit-on
Alexandre
pour ses mains
le monde sera toile ville avec
bêtes de champs l’herbe les
demeures du ciel tu seras maître égal
tu mourras dit le prêtre nous te présenterons
les dieux sur le grillage qui contemplent
les choses diront ce ne sont pas des fables
quels fils nous relieront sinon aux hommes
qui respirent dans ces légendes
ramassées le fond des paysages
sur les routes le long de la parole
il y aura ta peau
enfant n’écoute pas
en haut du caillou que nous surnommons Bog
il y a du texte et la parole
remonte le cours des fleuves
jusqu’à cette terre
derrière le désert de roches
chaque voyageur y doit porter
de la nourriture et de l’eau
pour les offrir aux villageois
eux brûlent la nourriture
et éteignent le feu avec l’eau
en échange on lui offre
à manger et à boire
nouvelle eau nouvelle nourriture
coutumes sauvages des morts
pour les dieux fétiches
de papier
Alexandre
tu partiras
n’ayant pour possession que du tissu
et des plantes étranges
ramassées dans le jardin d’une jeune fille
tu enrouleras des parchemins autour
des bras et tu iras vers cette terre
tu leur conteras nos légendes
montreras les chemins où roulent
les noms comme des pierres
dit le prêtre
l’enfant recule
monte au sommet du caillou
Bog on y voit celui qui sera

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