Version 6.1.1

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Texte traduit du serbe par ***

Ce qu’il nous revient, c’est faire parler les morts (d’autres, après nous, viendront travailler. Ils marcheront d’un même pas ; les animaux les suivront, debout, étranges au bout d’une corde).

Les murs de nos cités sont tombées. Des flèches les transpercèrent. Restent les routes, les chemins tressés autour d’un butin ou d’un morceau de viande (dans le feu, la graisse est pour les dieux qui attendent) ; reste l’avenir – je vous le dirai à travers celles que j’ai vues, telles qu’elles apparaissent dans les songes et dans les pages des livres noircis par les flammes d’or des bibliothèques – chaque fois autour d’un corps qui danse, il y a une page.

Une carte, des champs, des sillons (tu entends au passage un désert et les voies de la mer ; elles aussi s’effacent… je les ai parcourues). Les femmes sont belles.

Approche approche, garçon, écoute la chanson, le vent te portera la nôtre (il n’y a pas de livre en clair, il y a la parole et la bouche au secret – comme ce que l’on dit des hommes) et sa boucle circule, elle est courte, dans le vin, dans le kolo des femmes, elle circule au banquet, à l’église, où les hommes comme des spectres dépensent les heures d’histoire dans des pages renversantes : neuf cent cinquante années de peine – environ.

Chaque livre est un miroir pour les femmes & les naissances symétriques s’y reflètent ; les fils libèrent leurs mères. L’histoire tournera donc autour d’un point qui n’est d’aucun lieu – oh aveugle temps qui marche sur l’enfant (quatre phrases à demi dictées ; peut-être de l’eau déposée sur un front) : les dieux marchent, eux aussi, dans ses pas. C’est la dernière fois, disent les hommes regroupés, formant un cercle dans l’espèce entre la vie et le mouroir – on lui fera présent d’un corps : on y apercevra, une dernière fois, le sol. Un tremblement : oui la Terre a tremblé. Lorsqu’elle se calma, on avait posé l’enfant là, sur le rivage de la mer éloignée de Jadran. Un cri dans la gorge sauvage ; les temps viennent, amis. Ils sont venus. Déjà, hommes et femmes se prosternent. Les cités seront fondées par lui, chuchote-t-on. Plus tard, on le prénommera : Aleksandar. Devant son œuvre, on dira : pour ses mains, le monde est une toile.

« Une ville, dit simplement le prêtre, en attendant la prophétie, avec les bêtes de champs, avec l’herbe, avec les demeures des hommes. Un jour, du ciel tu seras maître ; tu mourras, je le sais, égal aux dieux. Lorsque nous présenterons tes paroles aux hommes, crispés sur le grillage, qui contemplent les choses, dit le prêtre, ils diront : « Ce ne sont pas des fables, non – on les a vérifiées ; et avec, le fil qui nous relie à la mort : c’est une prophétie ! » Quiconque en fera la lecture y croira – les hommes respireront dans ces légendes ramassées, au fond des paysages ou sur les routes, le long de ta parole. » Comme on ne l’interrompait pas, le prêtre continua. L’enfant, lui, ne l’écoutait plus : il jouait en haut de ce caillou que nous surnommons Bog. « Au temps de l’origine du texte, disait le prêtre, au temps où la parole remonte le cours du fleuve, il fut une terre derrière le désert de roches où chaque voyageur devait (n’est-ce pas étrange ?) emporter de la nourriture et de l’eau. Non pour lui : pour les offrir aux villageois qui d’aventure l’accueilleraient. Si cela se produisait, eux brûlaient cette nourriture dans un feu de bois qu’ils éteignaient à l’aide de l’eau ; en échange lui offraient à manger et à boire : mais une autre eau, une autre nourriture. Ainsi sont les coutumes sauvages de ceux qui pensent encore aux morts, là où il y a des dieux, ou d’autres fétiches de papier, à l’infini. Marko n’avait donc rien à perdre lorsqu’il quitta ce sol peut-être natal qu’aucun nom n’acheva – mais qu’importe maintenant, Aleksandar – Marko ou un autre ? C’est toi qui fera les légendes, les chemins sur lesquels roulent les noms comme des pierres. Tu partiras les mains dans les poches, mon enfant, n’ayant pour possession que quelques morceaux de tissu et des plantes étranges, ramassées dans le champ d’une jeune fille. Tu enrouleras des parchemins troués autour de tes bras & tu iras – c’est tout. » A ces mots, l’enfant recule et monte au sommet escarpé de la montagne. On y voit celui qui sera

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