Version 4.2

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« Neuf cent cinquante deux,
neuf cent cinquante trois,
neuf cent cinquante quatre »
compte un soldat.

:: l’espace alors avait rempli sa panse ::

Nous passons devant lui ;
je voudrais crier mais
il me reste quelques phrases une
dernière fois pour toi mon amour je parlerai
avant de rejoindre le sol.

:: qu’aucun chien aucune meute ne vienne renifler mon corps ::

On appuie la baïonnette sur mon dos en riant
on me demande si
« Tu la sens ? »
mais je la boucle :
je ne sens plus rien, je suis déjà
de l’autre côté de la vie,
trop courte ;
d’accord il y a des flux qui circulent,
de l’autre côté des tympans,
hors des paupières –
mais sentir ? Non je ne sens rien.

:: projectiles aveugles lancés au hasard ::

Lorsque les premiers hommes sont tombés à terre,
déjà d’autres désiraient s’éloigner, dit-on –
on leur a dit
« ouvre la gorge » et on leur a versé l’acide
au fond – c’est ainsi le destin s’enroule pour faire
le nœud comme un poing que je puisse serrer.
Bientôt il n’y aura plus que la force centrifuge
pour agiter ce tas de chair
que j’hésite à nommer un corps,
le souffle du vent lèvera les cheveux
au lieu d’entrer dans les poumons,
les lèvres seront closes, les dents
serrées ; je resterai
étendu devant le grillage,
pendant que nos bourreaux continueront de respirer
et rentreront dans leur village
pour dîner avec leur femme et leurs enfants.

:: le ciel bascule et crache au sol des brumes écarlates ::

Sur mon cadavre il n’y aura aucun nom – n’importe !
Et l’on ne préviendra personne –
dans quel champs troué nous aura-t-on enterrés ?
Nul ne le saura. Certains prieront peut-être mais
il n’y a pas d’infini non ! Et le sang et
la peau retournent à la terre :
« Les poils tressés aux mauvaises herbes ! »
disait Joris pour parler de la mort
« Ainsi, nous ne sommes que de la matière
libres cependant et fiers »
– mais ces années de joie mon amour
pourquoi nous les a-t-on
accordées alors ?

:: à quelle hypothèse nous ne saurions renoncer ::

Et cela avait été un choix :
celui de ne pas capituler,
de ne céder sur aucun point,
de tenir fermement
les liens de l’avenir
au risque d’être emportés,
balayés, foule anonyme,
par le vent de l’histoire
et balancés dans des fosses
par des gars éberlués
d’être des fossoyeurs.

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